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Titre du blog : La Nation
Auteur : africanostra
Date de création : 13-11-2009
 
posté le 11-01-2010 à 16:00:45

LE GABON EMERGENT ET LA REFORME DU CONSEIL DE SECURITE DES NATIONS UNIES

 

 LA POSITION DU GABON SUR LA QUESTION DE L'ELARGISSEMENT DU CONSEIL DE SECURITE.

Point de situation

 

 

 

« Les principaux thèmes  de notre agenda au cours de notre mandat s’articuleront principalement  autour des points suivants : Interpellation du Conseil de sécurité dans la prévention et la résolution des conflits en Afrique, médiations et règlements des conflits armés, trafic illicite d’armes légères, des enfants et des femmes dans les conflits armés, et la question du réchauffement climatique. »

 Son Excellence Ali BONGO ONDIMBA.

 

 

 

 

 

   ***

On a pu écrire sur cette tribune qu’un débat a lieu aux Nations Unies depuis la création de l’Organisation universelle sur l’impérieuse nécessité d’équilibrer la représentativité de l’organe chargé de la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales (Charte, article 24-1).

 

Ce problème fait l’objet des séances plénières de la 64e session de l’Assemblée générale des Nations Unies (AGNU), tel qu’il est mentionné au point 119 de l’ordre du jour: Question de la représentation équitable au Conseil de sécurité et de l’augmentation du nombre de ses membres et questions connexes (4/64/252). Dans la précédente et brève réflexion consacrée à ce sujet (africanostra, 29.XII.2009), on se demandait, après la défense d’une position constante depuis Octobre 1977, quelles étaient les vues du nouveau Gouvernement gabonais face à cette question.

 

 

 Un début de réponse est certainement donné par le discours du Ministre des Affaires étrangères à l’ouverture de la 64e session de l’Assemblée générale (1). En se gardant de paraître informé des thèmes constituant l’agenda du Gabon à l’ONU, on ne peut néanmoins affirmer que la première allocution de vœux du Président de la République aux Corps diplomatiques (2) confirme les objectifs esquissés à l’AGNU. Il serait toutefois utile de voir comment le soutien d’un Membre permanent, la France, aux pays émergents (3) pourrait-il promouvoir les intérêts du Gabon dans le débat sur la réforme du Conseil de sécurité.  

 

 

(1)-Le discours du Ministre des Affaires étrangères à l’ouverture de la 64e session de l’Assemblée générale

Dans le continuum de la politique de M. O. Bongo Ondimba, l’ouverture de la 64e Assemblée générale des Nations Unies est l’occasion, pour le nouveau Gouvernement, d’affirmer son attachement à la réforme du Conseil de sécurité.

 

Ainsi, dans son discours de Septembre 2009 à New York, M. P. Toungui justifie tout d’abord la candidature du Gabon au Conseil de sécurité en tant que Membre non-permanent pour l’exercice 2010/2011, et du soutien dont celle-ci bénéficia de la 13e Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union africaine tenue en Juillet 2009.

 

La candidature du Gabon, dit le ministre, est sous-tendue par le caractère interdépendant des crises contemporaines, la revitalisation des efforts fournis en matière de paix et de sécurité internationales et la nécessité d’une implication collective des acteurs à l’échelle mondiale.

 

S’agissant précisément du Conseil de sécurité, le Chef de la diplomatie gabonaise affirme que « [son] pays est également convaincu que cet édifice ne devrait pas rester figé mais devrait évoluer pour permettre à [l’] Organisation Mondiale de mieux s’adapter au contexte international de l’heure. » Il fait ainsi référence aux problèmes soulignés au début de son discours : crise économique et financière, crise alimentaire puis crise énergétique et environnementale ; mais également : terrorisme et intolérances diverses et variées.

 

Bien que les avancées en ce sens ne soient pas déterminantes, M. Toungui ne se félicite pas moins des progrès réalisés quant à l’application des recommandations du Document final du Sommet mondial de Septembre 2005 dans le processus de réforme de l’ONU (A/RES/60/1, V., paragraphes 152-154).

 

Cette pointe d’optimisme permet au ministre gabonais de fonder les espoirs de l’équilibre global sur le parachèvement des réformes en cours. Car « [l]a construction d’un monde plus juste et plus sûr qui réponde aux aspirations profondes des peuples en dépend. » Cette position traduit-elle la politique de continuité du Gouvernement de transition ou engage-t-elle déjà la nouvelle Autorité ?

 

 C’est tout l’enjeu de l’allocution de vœux du Président de la République aux Corps diplomatiques.  


 

(2)-La première allocution de vœux du Président de la République aux Corps diplomatiques

Lors de la cérémonie de présentation de vœux au Chef de l’Etat, le 5 Janvier 2010 à Libreville celui-ci s’est adressé aux diplomates en soulignant sa « volonté clairement affichée » d’inscrire son action politique sous le prisme de la diplomatie de développement ; cadre global des Relations extérieures dans lequel nombre de pays pauvres sont dorénavant engagés.

 

L’identification de la réaction urgente et de une action collective durable, comme éléments de réponse aux crises à caractère international, amène M. A. Bongo Ondimba à poursuivre le dialogue et le pacifisme en tant que fondements traditionnels de la diplomatie gabonaise. Revenant aussi sur le privilège accordé au Gabon de siéger au Conseil de sécurité dès 2010, le Président de la République n’a cependant pas mentionné la question de la représentation équitable au sein de l’organe prééminent des Nations Unies, parmi les principaux thèmes de l’agenda du Gabon lors de son mandat.

 

Toutefois, on ose espérer qu’à travers son diagnostic de la vulnérabilité de l’Afrique face au sous-développement et à l’insécurité, l’implication du Gabon au débat sur le point 119 de l’ordre du jour de l’AGNU lui permettra de faire avancer les réformes entamées aux fins d’un meilleur équilibre des cultures, des besoins et des opinions au Conseil de sécurité.

 

 C’est à ce niveau qu’il est intéressant de scruter l’annonce des principaux points constitutifs de l’agenda du Gabon au Conseil de sécurité à la lumière de la position française sur la réforme dudit organe.  

 

 

(3)-Le soutien de la France aux pays émergents

Les objectifs déclinés par le Chef de l’Etat gabonais lors de la présentation des vœux le 5 Janvier dénote sans nul doute un pragmatisme diplomatique, dont les sources peuvent être également recherchées dans la position de la France face à la question de l’élargissement du Conseil de sécurité.

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la position gabonaise, endossée par l’Union africaine, est source de clivages. Dans la perspective ou l’hypothèse de création de sièges supplémentaires de Membres, permanents et non-permanents, avec ou sans droit de veto devant être occupés de manière rotative en pays africains, quels Etats feraient-ils l’unanimité de leurs partenaires ? Ceci sous-entend de belles empoignades aux Conférences des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’UA, pour déterminer les représentants de l’Afrique au sein d’un Conseil de sécurité élargi.

 

Or, le positionnement de la France va en faveur des Grands pays émergents. Lors de son discours à l’Ecole militaire en ouverture au colloque « Nouveau monde, nouveau capitalisme », tenu le 7 Janvier 2010, le président de la République française a demandé de remettre « sur la table la réforme du Conseil de sécurité » de manière à réserver une place convenable à ces pays qui ont atteint un niveau de développement conséquent.

 

Telle est d’ailleurs la principale orientation des Sommets franco-britanniques des 27 Mars 2008 et 6 Juillet 2009, qui optent pour un élargissement par paliers proposant une augmentation intérimaire du nombre des Membres du Conseil de sécurité.

 

Une telle politique renforce derechef les perspectives d’imbroglio qui transparaissent à l’horizon de l’Organisation panafricaine; car au regard des enjeux de la diplomatie française, on compterait parmi ces pays favorisés: le Brésil, l’Inde et le Japon ; surtout le Brésil, dont la Politique extérieure s’est considérablement rapprochée de la France depuis l’élection de M. N. Sarkozy.

 

Mais il convient de souligner également les bonnes relations économiques qu’entretiennent la France et l’Afrique du Sud, pour s’imaginer l’ampleur et l’issue des débats devant être organisés entre africains aux fins d’occupation d’un ou plusieurs sièges à roulement au Conseil.

 

 On comprend, dans ce climat d’incertitudes et de clivages latents, la prudence observée par le nouveau Gouvernement gabonais quant à l’épineuse question de la représentation équitable au Conseil de sécurité et de l’accroissement du nombre de ses sièges ; question combien déterminante pour la démocratisation, la légitimité et la revitalisation des Nations Unies.  

 

 

 

***

Il est vrai que les thèmes de l’agenda du Gabon en tant que Membre non-permanent du Conseil de sécurité restent à découvrir. Mais on peut, d’ores et déjà, noter que la problématique de la réforme du Conseil ne fait pas partie des principaux sujets déclinés par le Président de la République à sa première prestation publique face aux représentants de la Communauté internationale à Libreville. 

 

Aussi, l’engagement du Gabon vers l’émergence est un chantier très attendu, car susceptible de promouvoir ses intérêts comme acteur du débat sur la réforme des Nations Unies et, pourquoi pas, en tant que « candidat émergent » à un siège permanent ou semi-permanent au Conseil de sécurité.

 

 Les réformes ambitieuses amorcées par le Gouvernement au plan interne peuvent donc être de formidables instruments de développement puis de rayonnement du Gabon sur la scène internationale. Puisse la présidence mensuelle du Conseil de sécurité par le Gabon en Mars 2010 donner lieu à une impulsion motrice au débat sur l’élargissement d’un organe d’où convergent les jeux et enjeux des équilibres mondiaux.  

 

 

Arthur BENGA NDJEME : Nancy, le 11 Janvier 2010, 13h49 

 

 Bibliographie indicative

-Document final du Sommet mondial : résolution A/RES/60/1, 24 Octobre 1005.

-Répartition des questions inscrites à l’ordre du jour de la soixante-quatrième session de l’Assemblée générale : 18 Septembre 2009 (A/64/252).

- http://www.franceonu.org/spip.php?article3768#Textes-de-reference